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CHAPITRE IX.
L’ARBITRE DES ÉLÉGANCES.


Otto, le bel étudiant, vêtu d’un manteau écarlate, dans la salle de l’auberge de l’Arbre Verdoyant, était entouré d’un groupe de camarades qui composait l’élite de l’assemblée. L’abrutissement à la mode ne les avait point gagnés. Sur leurs fronts énergiques et intelligents, il y avait des pensées fières.

Ils buvaient pourtant comme les autres, et ils fumaient.

Ils étaient, pour la majeure partie, plus âgés qu’Otto, dont ils semblaient reconnaître tacitement la supériorité.

— Sur ma foi, disait en ce moment l’un deux, Michaël, le philosophe, — si les estafiers de police venaient en ce moment vous chercher, Otto, il y en aurait plus d’un qui resterait sur la place !

— Pourquoi viendraient-ils ? répliqua le jeune homme. — Nous sommes arrivés ce soir seulement de Francfort, et il n’y a point parmi vous de faux frères.

— Ce serait un métier dangereux, dit le poëte Dietrich, grand garçon barbu et taillé en athlète ; — avec la permission de l’arbiter elegantiarum, s’il y avait un coquin dans cette salle, je lui casserais la tête d’un coup de poing, pour ne pas salir nos épées !