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LA BANDE CADET

nel que son autorité ; il n’avait jamais que des paroles caressantes pour « ses bons petits enfants ; » seulement, le terrible marchef avait souvent de la besogne.

Il y avait eu nombre de révoltes dans lesquelles ces hommes forts, intelligents, féroces, que nulle pitié n’aurait pu arrêter, avaient été joués sous jambe par ce vieillard fantôme, presque diaphane à force de maigreur et que la plus faible des femmes eût terrassé en le touchant seulement du petit doigt.

Le colonel garda pendant de longues années cette vie qui n’avait plus que le souffle et qui ressemblait à une perpétuelle agonie, mais qui, dans sa faiblesse, concentrait une si grande somme de puissance que, jusqu’à la dernière minute, aucune force humaine ne sut lui résister.

Il mourut enfin ; mais sa volonté obstinée resta vivante. Ceux qu’il avait opprimés et enchaînés sous sa loi par l’espoir de l’immense proie à partager ne furent point ses héritiers, et, dans la nuit de sa tombe, il continua de les railler impitoyablement, comme il l’avait fait au jour de la vie.

Il avait emporté le Trésor dans l’autre monde !