Page:Féret - L’Arc d’Ulysse, 1919.djvu/30

Cette page a été validée par deux contributeurs.

REGRET DE NORMANDIE

Je me promène seul sur un triste rivage,
Mon Roumois regrettant et la paix des ravins.
Qu’est-ce donc qu’ils chantaient, les beaux vers angevins :
« Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage ! »

Est-il d’heureux départ loin de son héritage ?
Maudit soit l’an, le mois, le jour, l’heure, où je vins
Vers ce Paris, croyant à des ordres divins,
Quand je pouvais rester poète de village.

J’eusse honoré le bien par l’épouse apporté ;
Peut-être qu’un rayon eut doré mon été ;
Mais si s’en fut allé mon vers en rêveries,

Le bonheur vaut la gloire. Après des jours sereins
Je mêlerais mes os à l’herbeuse patrie,
Au cimetière où dort mon peuple de marins.


14 juillet 1913.