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Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/88

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L’AMI FRITZ.

dans ce bas monde : les insectes dévorent les plantes, les oiseaux dévorent les insectes, et nous mangeons les oiseaux avec le reste. Depuis le commencement, les choses ont été arrangées pour que nous mangions tout : nous avons trente-deux dents pour cela ; les unes pointues, les autres tranchantes, et les autres, ce qu’on appelle les grosses dents, pour écraser. Cela prouve que nous sommes les rois de la terre. — Mais écoutez, Christel !… qu’est-ce que c’est ?

— Ça, c’est la grosse cloche de Hunebourg qui sonne midi, le son entre là-bas dans la vallée, près de la roche des Tourterelles. »

Ils se mirent à redescendre, et, sur le bord de la rivière, à cent pas de la ferme, l’anabaptiste, s’arrêtant de nouveau dit :

« Monsieur Kobus, voici l’idée dont je vous parlais tout à l’heure. Voyez comme la rivière est basse ici ; tous les ans, à la fonte des neiges, ou quand il tombe une grande averse en été, la rivière déborde ; elle avance de cent pas au moins dans ce coin ; si vous étiez arrivé la semaine dernière, vous l’auriez vu plein d’écume ; maintenant encore la terre est très-humide.

« Eh bien ! j’ai pensé que si l’on creusait de cinq ou six pieds dans ce tournant, ça nous donnerait