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Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/79

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L’AMI FRITZ.

bras, comme une bonne petite ménagère. Chaque fois qu’elle levait son battoir, tout luisant d’eau de savon, le soleil brillant dessus envoyait un éclair jusqu’au haut de la côte.

Fritz, jetant par hasard un coup d’œil dans le fond de la gorge, où la Lauter serpente au milieu des prairies, vit, à la pointe d’un vieux chêne, un busard qui observait les pigeons tourbillonnant autour de la ferme. Il le mit en joue avec sa canne ; aussitôt l’oiseau partit, jetant un miaulement sauvage dans la vallée, et tous les pigeons, à ce cri de guerre, se replièrent comme un éventail dans le colombier.

Alors Kobus, riant en lui-même, repartit en trottant dans le sentier, jusqu’à ce qu’une petite voix claire se mit à crier :

« M. Kobus !… voici M. Kobus ! »

C’était Sûzel qui venait de l’apercevoir, et qui s’élançait sous le hangar pour appeler son père.

Il atteignait à peine le chemin des voitures, au pied de la côte, que le vieux fermier anabaptiste, avec son large collier de barbe, son chapeau de crin, sa camisole de laine grise garnie d’agrafes de laiton, venait à sa rencontre, la figure épanouie, et s’écriait d’un ton joyeux :

« Soyez le bienvenu, monsieur Kobus, soyez le