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Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/45

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L’AMI FRITZ.

— Soyez donc tranquille, monsieur, répondit la vieille cuisinière, qui n’aimait pas les recommandations, est-ce que vous avez jamais été mécontent de moi depuis vingt ans ?

— Non, Katel, non, au contraire ; mais tu sais, on peut faire bien, très bien, et tout à fait bien.

— Je ferai ce que je pourrai, dit la vieille, on ne peut pas en demander davantage. »

Kobus voyant alors sur la table deux gelinottes, un superbe brochet arrondi dans le cuveau, de petites truites pour la friture, un superbe pâté de foie gras, pensa que tout irait bien.

« C’est bon, c’est bon, fit-il en s’en allant, cela marchera, ha ! ha ! ha ! nous allons rire. »

Au lieu d’entrer dans la salle à manger ordinaire, il prit la petite allée à droite, et devant une haute porte il déposa son panier, mit une clef dans la serrure et ouvrit : c’était la chambre de gala des Kobus ; on ne dînait là que dans les grandes circonstances. Les persiennes des trois hautes fenêtres au fond étaient fermées ; le jour grisâtre laissait voir dans l’ombre de vieux meubles, des fauteuils jaunes, une cheminée de marbre blanc, et, le long des murs, de grands cadres couverts de percale blanche.