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Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/43

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L’AMI FRITZ.

deaux est bien ce qu’il y a de mieux pour se faire un bon fond d’estomac. Oui, prenons d’abord ces six bouteilles de bordeaux ; ce sera un joli commencement. Et là-dessus, trois bouteilles de rudesheim, que mon pauvre père aimait tant !… mettons-en quatre en souvenir de lui. Cela fait déjà dix. Mais pour les deux autres, celles de la fin, il faut quelque chose de choisi, du plus vieux, quelque chose qui nous fasse chanter… Attendez, attendez, que je vous examine ça de près. »

Alors Kobus se courbant, remua doucement la paille du rayon d’en bas, et, sur les vieilles étiquettes, il lisait : Markobrunner de 1798. — Affenthâl de 1804. — Johannisberg des capucins, sans date.

« Ah ! ah ! Johannisberg des capucins !  » fit-il en se redressant et claquant de la langue.

Il leva la bouteille couverte de poussière, et la posa dans le panier avec recueillement.

« Je connais ça ! » dit-il.

Et durant plus d’une minute, il se prit à songer aux capucins de Hunebourg, qui s’étaient sauvés en 1792, lors de l’arrivée de Custine, abandonnant leurs caves, que les Français avaient mises au pillage, et dont le grand-père Frantz avait recueilli deux ou trois cents bouteilles. C’était un