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Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/38

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L’AMI FRITZ.

toile d’araignée, sur l’eau dormante, et le retirant tout frétillant de poissons dorés. Il revoyait cela d’avance, et bien d’autres choses : le départ pour la chasse au bois de hêtres, près de Katzenbach ; le char à bancs plein de joyeux compères, les hautes guêtres de cuir bouclées aux jambes, la gibecière au dos sur la blouse grise, la gourde et le sac à poudre sur la hanche, les fusils doubles entre les genoux dans la paille ; les chiens, attachés derrière, japant, hurlant, se démenant ; et lui, Fritz, assis près du timon, conduisant la voiture jusqu’à la maison du garde Rœdig, et les laissant partir, pour veiller à la cuisine, faire frire les petits oignons et rafraîchir le vin dans les cuveaux ! Puis le retour des chasseurs à la nuit, les uns la gibecière vide, les autres soufflant dans la trompe. Tous ces beaux jours lui passaient devant les yeux en allumant la chandelle : les moissons, la cueillette du houblon, les vendanges, et il poussait de petits éclats de rire : « Hé ! hé ! hé ! ça va bien… ça va bien ! »

Enfin il descendit, la main devant sa lumière, le trousseau de clefs dans sa poche, un panier au bras.

En bas, sous l’escalier, il ouvrit la cave, une vieille cave bien sèche, les murs couverts de sal-