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Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/347

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L’AMI FRITZ.

les uns remettaient les bœufs sous le joug garni de feuilles, les autres, la fourche ou le râteau sur l’épaule, regardaient. Ces gens tournèrent la tête et dirent :

« Bonjour, monsieur Kobus ! »

Mais il passa sans les entendre, et entra dans l’allée comme effaré, puis dans la grande salle, suivi du vieux David, qui se frottait les mains et riait dans sa barbiche.

On venait de dîner ; les grandes écuelles de faïence rouge, les fourchettes d’étain, et les cruches de grès étaient encore sur la table. Christel, assis au bout, son chapeau sur la nuque, regardait ébahi ; la mère Orchel, avec sa grosse face rouge, se tenait debout sous la porte de la cuisine, la bouche béante ; et la petite Sûzel, assise dans le vieux fauteuil de cuir, entre le grand fourneau de fonte et la vieille horloge, qui battait sa cadence éternelle, Sûzel, en manches de chemise, et petit corset de toile bleue, était là, sa douce figure cachée dans son tablier sur les genoux. On ne voyait que son joli cou bruni par le soleil, et ses bras repliés.

Fritz, à cette vue, voulut parler ; mais il ne put dire un mot, et c’est le père Christel qui commença :