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Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/346

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L’AMI FRITZ.

servante Mayel vidait son baquet de pelures au dehors ; quelques cris de poules et de canards s’entendirent, et le temps parut s’allonger de nouveau.

Kobus se forgeait mille idées ; il croyait voir Christel et Orchel refuser… le vieux rebbe supplier… Que sais-je ? Ces pensées se pressaient tellement, qu’il en perdait la tête.

Enfin, David reparut au coin de l’étable ; il n’agitait rien, et Fritz, le regardant, sentit ses genoux trembler. Le vieux rebbe, au bout d’un instant, fourra la main dans la poche de sa longue capote jusqu’au coude ; il en tira son mouchoir, se moucha comme si de rien n’était, et, finalement, levant le mouchoir, il l’agita. Aussitôt Kobus partit, ses jambes galopaient toutes seules : c’était un véritable cerf. En moins de cinq minutes il fut près de la ferme. David, les joues plissées de rides innombrables et les yeux pétillants, le reçut par un sourire :

« Hé ! hé ! hé ! fit-il tout bas, ça va bien… ça va bien… On t’accepte… attends donc… écoute ! »

Fritz ne l’écoutait plus ; il courait à la porte, et le rebbe le suivait tout réjoui de son ardeur. Cinq ou six journaliers en blouse, coiffés du chapeau de paille, allaient repartir pour l’ouvrage ;