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Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/345

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L’AMI FRITZ.

tait l’air, pas un grillon n’élevait son cri monotone ; les oiseaux dormaient la tête sous l’aile, et, seulement de loin en loin, les bœufs de Christel, couchés à l’ombre du pignon, les genoux ployés sous le ventre, étendaient un mugissement solennel dans la vallée silencieuse.

On peut s’imaginer les réflexions de Fritz, après le départ du vieux rebbe. Il le suivit des yeux jusque près de la ferme. Au delà des bruyères, David prit le sentier sablonneux qui tourne à l’ombre des pommiers, au pied de la côte. Kobus ne voyait plus que son chapeau s’avancer derrière le talus ; puis il le vit longer les étables, et au même instant les aboiements de Mopsel retentirent au loin, comme les jappements d’un bébé de Nuremberg. David alors se pencha, le bâton devant lui, et Mopsel, ébouriffé, redoubla ses cris. Enfin, le vieux rebbe disparut à l’angle de la ferme.

C’est alors que le temps parut long à Fritz, au milieu de ce grand silence. Il lui semblait que cela n’en finirait plus. Les minutes se suivaient depuis un quart d’heure, lorsqu’il y eut un éclair dans la basse-cour ; il crut que c’était le mouchoir de David et tressaillit ; mais c’était la petite fenêtre de la cuisine qui venait de tourner au soleil : la