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Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/317

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L’AMI FRITZ.

coude sur la table et le fouet entre les genoux, regardait le magnifique soleil au-dehors ; et, tout en songeant à ses récoltes, il disait :

« Oui… oui… c’est un bon vin ! »

Il ne faisait pas attention à Kobus et à Sûzel, qui se souriaient l’un l’autre comme deux enfants, sans rien dire, heureux de se voir. Mais Iôsef les contemplait d’un air rêveur.

Schoultz remplit de nouveau les verres en s’écriant :

« On a beau dire, ces Français ont de bonnes choses chez eux ! Quel dommage que leur Champagne, leur Bourgogne et leur Bordelais ne soient pas sur la rive droite du Rhin !

— Schoultz, dit Hâan gravement, tu ne sais pas ce que tu demandes ; songe que si ces pays étaient chez nous, ils viendraient les prendre. Ce serait bien une autre extermination que pour leur Liberté et leur Égalité : ce serait la fin du monde ! car le vin est quelque chose de solide, et ces Français, qui parlent sans cesse de grands principes, d’idées sublimes, de sentiments nobles, tiennent au solide. Pendant que les Anglais veulent toujours protéger le genre humain, et qu’ils ont l’air de ne pas s’inquiéter de leur sucre, de leur poivre, de leur coton, les Français, eux, ont toujours