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Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/304

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L’AMI FRITZ.

mère Annah, ses cheveux gris fourrés sous le béguin noir, et les bras pendants. Ces gens n’étaient pas venus pour danser, ils étaient venus pour voir, et se tenaient au dernier rang de la foule.

Les joues de Fritz s’animèrent ; il descendit de l’estrade et traversa la hutte au milieu de l’attention générale. Sûzel, le voyant venir, devint toute pâle et dut s’appuyer contre le pilier ; elle n’osait plus le regarder. Il monta quatre marches, écarta la guirlande, et lui prit la main en disant tout bas :

« Sûzel, veux-tu danser avec moi le treieleins ? »

Elle alors, levant ses grands yeux bleus comme en rêve, de pâle qu’elle était, devint toute rouge :

« Oh ! oui, monsieur Kobus ! » fit-elle en regardant la grand-mère.

La vieille inclina la tête au bout d’une seconde, et dit : « C’est bien… tu peux danser. » Car elle connaissait Fritz, pour l’avoir vu venir à Bischem dans le temps, avec son père.

Ils descendirent donc dans la salle. Les valets de danse, le chapeau de paille couvert de banderoles, faisaient le tour de la baraque au pied de