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Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/295

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L’AMI FRITZ.

la moutarde, le gros Hâan ne jugea pas à propos de faire d’autres questions.

Pendant tout le dîner, Fritz, la face épanouie, ne fit que se dire en lui-même : « Elle est ici ! »

Ses gros yeux à fleur de tête se plissaient parfois d’un air tendre, puis s’ouvraient tout grands, comme ceux d’un chat qui rêve en regardant un moucheron tourbillonner au soleil.

Il buvait et mangeait avec enthousiasme, sans même s’en apercevoir.

Dehors le temps était superbe ; la grande rue bourdonnait au loin de chants joyeux, de nasillements de trompettes de bois et d’éclats de rire ; les gens en habit de fête, le chapeau garni de fleurs et les bonnets éblouissants de rubans, montaient bras dessus bras dessous vers la place des Deux-Boucs. Et tantôt l’un, tantôt l’autre des convives se levait, jetait sa serviette au dos de sa chaise et sortait se mêler à la foule.

À deux heures, Hâan, Schoultz, Kobus et deux ou trois officiers prussiens restaient seuls à table, en face du dessert et des bouteilles vides.

En ce moment, Fritz fut éveillé de son rêve par les sons éclatants de la trompette et du cor, annonçant que la danse était en train.

« Sûzel est peut-être déjà là-bas ? » pensa-t-il.