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Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/294

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L’AMI FRITZ.

Il ne pouvait rassasier ses yeux de voir cette voiture. Tout à coup Mopsel s’élança de l’allée, aboyant comme aboient les chiens lorsqu’ils retrouvent une vieille connaissance. Alors il n’eut que le temps de s’échapper dans la ruelle, le dos courbé derrière les haies, comme un voleur ; car, malgré sa joie, il éprouvait une sorte de honte à faire de pareilles démarches : il en était heureux et tout confus à la fois.

« Si l’on te voyait, se disait-il ; si l’on savait ce que tu fais, Dieu de Dieu ! comme on rirait de toi, Fritz ! Mais c’est égal, tout va bien ; tu peux te vanter d’avoir de la chance. »

Il prit les mêmes détours qu’il avait faits en venant, pour retourner au Mouton d’Or. On était au second service quand il entra dans la salle. Hâan et Schoultz avaient eu soin de lui garder une place entre eux.

« Où diable es-tu donc allé ? lui demanda Hâan.

— J’ai voulu voir le docteur Rubeneck, un ami de mon père, dit-il en s’attachant la serviette au menton ; mais je viens d’apprendre qu’il est mort depuis deux ans. »

Il se mit ensuite à manger de bon appétit ; et comme on venait de servir une superbe anguille à