Ouvrir le menu principal

Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/289

Cette page a été validée par deux contributeurs.
279
L’AMI FRITZ.

Il montrait le grand fourneau de fonte dans une niche ovale, à droite.

« Vous l’avez vu ?

— Oui, monsieur, je m’en souviens comme d’hier ; j’avais quinze ans. Les Français campaient autour du village, les généraux ne dormaient ni jour ni nuit. Mon père me fit monter un soir, en me disant : « Regarde bien ! » Les généraux français, avec leur écharpe tricolore autour des reins, leurs grands chapeaux à cornes en travers de la tête, et leurs sabres traînants, se promenaient dans cette chambre.

« À chaque instant des officiers, tout couverts de neige, venaient prendre leurs ordres. Comme tout le monde parlait de Hoche, j’aurais bien voulu le connaître, et je me glissai contre le mur, regardant, le nez en l’air, ces grands hommes qui faisaient tant de bruit dans la maison.

« Alors mon père, qui venait aussi d’entrer, me tira par ma manche, tout pâle, et me dit à l’oreille : « Il est près de toi ! » Je me retournai donc, et je vis Hoche debout devant le poêle, les mains derrière le dos et la tête penchée en avant. Il n’avait l’air de rien auprès des autres généraux, avec son habit bleu à large collet rabattu et ses bottes à éperons de fer. Il me semble encore le voir, c’était