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Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/287

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L’AMI FRITZ.

chevaux étaient attachés aux anneaux de la porte ; leurs maîtres regardaient de l’allée.

Dès que la berline se fut arrêtée, le vieil aubergiste Lœrich, grand, calme et digne, sa tête blanche coiffée du bonnet de coton, vint abattre le marchepied d’un air solennel, et dit :

« Si Messeigneurs veulent se donner la peine de descendre… »

Alors Fritz s’écria :

« Comment, père Lœrich, vous ne me reconnaissez pas ? »

Et le vieillard se mit à le regarder, tout surpris.

« Ah ! mon cher monsieur Kobus, dit-il au bout d’un instant, comme vous ressemblez à votre père ! pardonnez-moi, j’aurais dû vous reconnaître. »

Fritz descendit en riant, et répondit :

« Père Lœrich, il n’y a pas de mal, vingt ans changent un homme. Je vous présente mon feld-maréchal Schoultz, et mon premier ministre Hâan ; nous voyageons incognito. »

Ceux des fenêtres ne purent s’empêcher de sourire, surtout les Prussiens, ce qui vexa Schoultz.

« Feld-maréchal, dit-il, je le serais aussi bien que beaucoup d’autres ; j’ordonnerais l’assaut ou