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Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/286

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L’AMI FRITZ.

carrée, entourée d’un cep de vigne ou toute nue, il arrêtait un regard, pensant : « Si elle était là ! »

Et quelque figure de jeune fille se dessinait-elle dans l’ombre d’une allée, derrière une vitre, au fond d’une chambre, il l’avait vue ! il aurait reconnu un ruban de Sûzel au vol. Mais il ne la vit nulle part, et finalement la berline déboucha sur la place des Vieilles-Boucheries, en face du Mouton d’Or.

Fritz se rappela tout de suite la vieille auberge ; c’est là que s’arrêtait son père vingt-cinq ans avant. Il reconnut la grande porte cochère ouverte sur la cour au pavé concassé, la galerie de bois aux piliers massifs, les douze fenêtres à persiennes vertes, la petite porte voûtée et ses marches usées.

Quelques minutes plus tôt, cette vue aurait éveillé mille souvenirs attendrissants dans son âme, mais en ce moment il craignait de ne pas voir la petite Sûzel, et cela le désolait.

L’auberge devait être encombrée de monde ; car à peine la voiture eut-elle paru sur la place, qu’un grand nombre de figures se penchèrent aux fenêtres, des figures prussiennes à casquettes plates et grosses moustaches, et d’autres aussi. Deux