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Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/284

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L’AMI FRITZ.

lèvres, pour mieux la savourer, lui se dressait à chaque seconde, regardant en tous sens, et trouvant que les chevaux n’allaient pas assez vite.

Deux ou trois villages passèrent en une heure, puis deux autres encore, et enfin la berline descendit au vallon d’Altenbruck. Kobus se rappela tout de suite que Bischem était sur l’autre versant de la côte. Le temps de monter au pas lui parut bien long ; mais enfin ils s’avancèrent sur le plateau, et Zimmer, claquant du fouet, s’écria :

« Voici Bischem ! »

En effet, ils découvrirent presque au même instant l’antique bourgade autour de la vallée en face ; sa grande rue tortueuse, ses façades décrépites sillonnées de poutrelles sculptées ; ses galeries de planches, ses escaliers extérieurs, ses portes cochères, où sont clouées des chouettes déplumées ; ses toits de tuile, d’ardoise et de bardeaux, rappelant les guerres des margraves, des landgraves, des Armléders, des Suédois, des Républicains ; tout cela bâti, brûlé, rebâti vingt fois de siècle en siècle : une maison à droite du temps de Hoche, une autre à gauche du temps de Mélas, une autre plus loin du temps de Barberousse.

Et les grands tricornes, les bavolets à deux pièces, les gilets rouges, les corsets à bretelle,