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Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/282

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L’AMI FRITZ.

sèrent Hunebourg d’un bout à l’autre ; le pavé résonnait au loin, les fenêtres se remplissaient de figures ébahies ; et eux, nonchalamment renversés comme de grands seigneurs, ils fumaient sans tourner la tête, et semblaient n’avoir fait autre chose toute leur vie que rouler en chaise de poste.

Enfin, au frémissement du pavé succéda le bruit moins fort de la route ; ils passèrent sous la porte de Hildebrandt, et Zimmer, remettant son cor en sautoir, reprit son fouet. Deux minutes après, ils filaient comme le vent sur la route de Bischem : les chevaux bondissaient, la queue flottante, le clic-clac du fouet s’entendait au loin sur la campagne ; les peupliers, les champs, les prés, les buissons, tout courait le long de la route.

Fritz, la face épanouie et les yeux au ciel, rêvait à Sûzel. Il la voyait d’avance, et, rien qu’à cette pensée, ses yeux se remplissaient de larmes.

« Va-t-elle être étonnée de me voir ! pensait-il. Se doute-t-elle de quelque chose ? Non, mais bientôt elle saura tout… Il faut que tout se sache ! »

Le gros Hâan fumait gravement, et Schoultz avait posé sa casquette derrière lui, dans les plis