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Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/273

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L’AMI FRITZ.

— Mais tu ne serais plus la maîtresse à la maison.

— Eh ! mon Dieu, la maîtresse de tout faire, de tout surveiller, de tout conserver. Ah ! qu’il nous en vienne seulement, qu’il nous en vienne une jeune maîtresse, bonne et laborieuse, qui me soulage de tout cela ; je serai bien heureuse, pourvu qu’on me laisse bercer les petits enfants.

— Alors, tu ne serais pas fâchée, là, sérieusement ?

— Au contraire ! Comment voulez-vous… tous les jours je me sens plus roide, mes jambes ne vont plus ; cela ne peut pas durer toujours. J’ai soixante-quatre ans, monsieur, soixante-quatre ans bien sonnés…

— Bah ! tu te fais plus vieille que tu n’es, dit Fritz, — intérieurement satisfait de ce désir, qui s’accordait si bien avec le sien ; — je ne t’ai jamais vue plus vive, plus alerte.

— Oh ! vous n’y regardez pas de près.

— Enfin, dit-il en riant, le principal, c’est que tout soit en ordre pour demain. »

Il examina de nouveau son bel habit, son gilet blanc, sa cravate à coins brodés, son pantalon noisette et sa chemise à jabot. Puis, regardant Katel qui attendait :