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Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/267

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L’AMI FRITZ.

lence. Elle redescendit enfin, portant une chemise et un mouchoir sur ses mains étendues, d’un air de vénération ; et les déposant sur la table, elle dit :

« Voici d’abord le principal ; nous verrons si vos Prussiens ont des chemises et des mouchoirs pareils. Ceci, monsieur Kobus, étaient les chemises et les mouchoirs de grande cérémonie de M. le juge de paix. Regardez-moi la finesse de cette toile, et la magnificence de ce jabot à six rangées de dentelles ; et ces manchettes, les plus belles qu’on ait jamais vues à Hunebourg ; regardez ces oiseaux à longues queues et ces feuilles brodées dans les jours, quel travail, Seigneur Dieu, quel travail ! »

Fritz, qui ne s’était jamais plus occupé de choses semblables que des habitants de la lune, passait les doigts sur les dentelles, et les contemplait d’un air d’extase, tandis que la vieille servante, les mains croisées sur son tablier, exprimait tout haut son enthousiasme :

« Peut-on croire, monsieur, que des mains de femmes aient fait cela ! disait-elle, n’est-ce pas merveilleux !

— Oui, c’est beau ! — répondait Kobus, songeant à l’effet qu’il allait produire sur la petite Sûzel,