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Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/251

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L’AMI FRITZ.

tait une bouchée de pain ou une queue de poisson, qu’il happait au vol.

C’était un joli coup d’œil.

« Ma foi, dit Fritz, je suis content d’être venu ce matin, je m’ennuyais, je ne savais que faire ; d’aller toujours à la brasserie, c’est terriblement monotone.

— Hé ! s’écria Hâan, si tu trouves la brasserie monotone, toi, ce n’est pas ta faute, car, Dieu merci ! tu peux te vanter de t’y faire du bon sang ; tu t’es joliment moqué du monde, hier, avec tes citations du Cantique des cantiques. Ha ! ha ! ha !

— Maintenant, ajouta le grand Schoultz en levant sa fourchette, nous connaissons cet homme grave : quand il est sérieux, il faut rire, et quand il rit, il faut se défier. »

Fritz se mit à rire de bon cœur.

« Ah ! vous avez donc éventé la mèche, fit-il, moi qui croyais…

— Kobus, interrompit Hâan, nous te connaissons depuis longtemps, ce n’est pas à nous qu’il faut essayer d’en faire accroire. Mais, pour en revenir à ce que tu disais tout à l’heure, il est malheureusement vrai que cette vie de brasserie peut nous jouer un mauvais tour. Si l’on voit