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Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/247

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L’AMI FRITZ.

Alors, se penchant sur le feuillage, il découvrit, devant la maisonnette, — dont la grande toiture descendait sur le verger à deux ou trois pieds du sol, tandis que la façade blanche était tapissée d’un magnifique cep de vigne, — il découvrit ses deux camarades, en manches de chemise, leurs habits jetés sur les haies, et deux autres : le secrétaire de la mairie, Hitzig, sa perruque posée sur sa canne fichée en terre, et le professeur Speck, tous les quatre en train d’abattre des quilles, au bout du treillage d’osier qui longe le pignon.

Le gros Hâan se tenait solidement établi, la boule sous le nez, la face pourpre, les yeux à fleur de tête, les lèvres serrées et ses trois cheveux droits sur la nuque comme des baguettes : il visait ! Schoultz et le vieux secrétaire regardaient à demi courbés, abaissant l’épaule et se balançant, les mains croisées sur le dos ; le petit Sépel Baumgarten, plus loin, à l’autre bout, redressait les quilles.

Enfin Hâan, après avoir bien calculé, laissa descendre son gros bras en demi-cercle, et la boule partit en décrivant une courbe imposante.

Presque aussitôt de grands cris s’élevèrent : « Cinq ! » et Schoultz se baissa pour ramasser une boule, tandis que le secrétaire prenait Hâan par le