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Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/246

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L’AMI FRITZ.

« Si j’y vais tout seul, pensait-il, après ce que j’ai dit hier à la brasserie, on pourrait bien se douter de quelque chose ; les gens sont si malins, et surtout les vieilles, qui s’inquiètent tant de ce qui ne les regarde pas ! Il faut que j’emmène deux ou trois camarades, alors ce sera une partie de plaisir, pour manger du pâté de veau et boire du petit vin blanc, une simple distraction à la monotonie de l’existence. »

Il monta donc sur les remparts, et fit le tour de la ville, pour voir ce que Hâan et Schoultz étaient devenus ; mais il ne les vit pas dans les rues, et supposa qu’ils devaient se trouver dehors, à faire une partie de quilles au Panier-Fleuri, chez le père Baumgarten, au bord du Losser.

Sur cette pensée, Fritz s’avança jusque près de la porte de Hildebrandt, et, regardant du côté du bouchon, qui se trouve à une demi-portée de canon de Hunebourg, il crut remarquer en effet des figures derrière les grands saules.

Aussitôt, tout joyeux, il descendit du talus, passa sous la porte, et se mit en route, en suivant le sentier de la rivière. Au bout d’un quart d’heure, il entendait déjà les grands éclats de rire de Hâan, et la voix forte de Schoultz criant :

« Deux ! pas de chance !… »