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Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/229

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L’AMI FRITZ.

— C’est bon, » répondit Christel en inclinant la tête.

Quand ils furent seuls, le vieux rebbe se mit à sourire.

« Schmoûle est fin, dit-il, mais nos vieux talmudistes étaient encore plus fins que lui ; je savais bien qu’il n’irait pas jusqu’au bout, voilà pourquoi je ne me suis pas habillé.

— Eh ! s’écria Fritz, oui, je le vois, vous avez du bon tout de même dans votre religion.

— Tais-toi, épicaures, répondit David en refermant la porte et reportant la Bible dans l’armoire ; sans nous, vous seriez tous des païens, c’est par nous que vous pensez depuis deux mille ans ; vous n’avez rien inventé, rien découvert. Réfléchis seulement un peu combien de fois vous vous êtes divisés et combattus depuis ces deux mille ans, combien de sectes et de religions vous avez formées ! Nous, nous sommes toujours les mêmes depuis Moïse, nous sommes toujours les fils de l’Éternel ; vous êtes les fils du temps et de l’orgueil, avec le moindre intérêt on vous fait changer d’opinion ; et nous, pauvres misérables, tout l’univers réuni n’a pu nous faire abandonner une seule de nos lois.

— Ces paroles montrent bien l’orgueil de ta