Ouvrir le menu principal

Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/220

Cette page a été validée par deux contributeurs.
210
L’AMI FRITZ.

Et la joie intérieure rayonnait sur sa figure, il reconnaissait en ces choses le doigt de Dieu.

Quelques instants après, ils arrivèrent dans la cour de l’antique synagogue. Le vieux mendiant Frantzôze était là, sa sébile de bois sur les genoux ; Kobus, dans son ravissement, y jeta un florin, et le père Christel pensa qu’il était généreux et bon.

Frantzôze leva sur lui des yeux tout surpris ; mais il ne le regardait pas, il marchait la tête haute et riante, et s’abandonnait au bonheur d’avoir près de lui le père de la petite Sûzel : c’était comme un souffle du Meisenthâl dans ces hautes bâtisses sombres, un vrai rayon du ciel.

Comme pourtant les hommes ont des idées étranges ; ce vieil anabaptiste, qui, deux ou trois mois avant, lui produisait l’effet d’un honnête paysan, et rien de plus, à cette heure, il l’aimait, il lui trouvait de l’esprit et bien d’autres qualités qu’il n’avait pas reconnues jusqu’alors ; il prenait fait et cause pour lui et s’indignait contre Schmoûle.

Cependant le vieux rebbe David, debout à sa fenêtre ouverte, attendait déjà Christel, Schmoûle et le greffier de la justice de paix. La vue de Kobus lui fit plaisir.