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Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/22

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L’AMI FRITZ.

Mais, voyant Fritz sourire, il s’interrompait en balançant la tête, et s’écriait :

« Tu ris… il faut toujours que tu ries ! Est-ce une manière de converser, cela ? Voyons, n’est-elle pas ce que je dis… ai-je raison ?

— Elle est encore mille fois plus belle, répondait Kobus ; seulement raconte-moi le reste, elle t’a fait entrer chez elle, n’est-ce pas… elle veut se remarier ?

— Oui.

— Ah ! bon, ça fait la vingt-troisième…

— La vingt-troisième que tu refuses de ma propre main, Kobus ?

— C’est vrai, David, avec chagrin, avec grand chagrin ; je voudrais me marier pour te faire plaisir, mais tu sais… »

Alors le vieux rebbe se fâchait.

« Oui, disait-il, je sais que tu es un gros égoïste, un homme qui ne pense qu’à boire et à manger, et qui se fait des idées extraordinaires de sa grandeur. Eh bien ! tu as tort, Fritz Kobus ; oui, tu as tort de refuser des personnes honnêtes, les meilleurs partis de Hunebourg, car tu deviens vieux ; encore trois ou quatre ans, et tu auras des cheveux gris. Alors tu m’appelleras, tu diras : « David, cherche-moi une femme, cours, n’en vois-tu pas