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Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/216

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L’AMI FRITZ.

Il le regardait, la face épanouie ; Christel était tout étonné d’un accueil si enthousiaste.

« Oui, monsieur Kobus, dit-il en souriant, j’arrive de la ferme, pour vous apporter un petit panier de cerises… Vous savez, de ces cerises croquantes du cerisier derrière le hangar, que vous avez planté vous-même, il y a douze ans. »

Alors Fritz vit sur la table une corbeille de cerises, rangées et serrées avec soin dans de grandes feuilles de fraisier qui pendaient tout autour ; elles étaient si fraîches, si appétissantes et si belles, qu’il en fut émerveillé :

« Ah ! c’est bon, c’est bon ! oui, j’aime beaucoup ces cerises-là ! s’écria-t-il. Comment ! vous avez pensé à moi, père Christel ?

— C’est la petite Sûzel, répondit le fermier ; elle n’avait pas de cesse et pas de repos. Tous les jours elle allait voir le cerisier, et disait : « Quand vous irez à Hunebourg, mon père, les cerises sont mûres ; vous savez que M. Kobus les aime ! » Enfin, hier soir, je lui ai dit : « J’irai demain ! » et, ce matin, au petit jour, elle a pris l’échelle et elle est allée les cueillir. »

Fritz, à chaque parole du père Christel, sentait comme un baume rafraîchissant s’étendre dans