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Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/211

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L’AMI FRITZ.

Enfin il disparut, et de longs voiles d’or l’enveloppèrent dans les abîmes : les teintes grises de la nuit envahirent le ciel ; quelques étoiles tremblotaient déjà au-dessus des sombres massifs de la forêt, dans les profondeurs de l’infini.

À cette heure, la rêverie de Kobus devint plus grande encore et plus intime ; il écoutait les roues tourner dans le sable, le pied du cheval heurter un caillou, quelques petits oiseaux filer à l’approche de la voiture. Cela durait depuis longtemps, lorsque Hâan s’aperçut qu’une courroie était lâchée ; il fit halte et descendit. Fritz entr’ouvrit les yeux pour voir ce qui se passait : la lune se levait, le sentier était plein de lumière blanche.

Et comme le percepteur serrait la boucle de la courroie, tout à coup des faneuses et des faucheurs qui rentraient chez eux après le travail, se mirent à chanter ensemble le vieux lied :


« Quand je pense à ma bien-aimée ! »


Le silence de la nuit était grand, mais il parut grandir encore, et les forêts elles-mêmes semblèrent prêter l’oreille à ces voix graves et douces, confondues dans un sentiment d’amour.

Ces gens ne devaient pas être très-loin ; on en-