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Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/210

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L’AMI FRITZ.

Le percepteur, qui malgré son gros ventre avait marché vigoureusement, mit alors le pied sur le timon, et claquant du fouet, il enfonça sa large croupe dans le coussin de cuir.

« Allons ! hop ! hop ! » s’écria-t-il.

Et Foux repartit dans le chemin des coupes, en trottant comme s’il n’eût pas déjà fait quatre fortes lieues de montagne.

Ah ! la belle vue, le beau coucher de soleil quand, au sortir des vallées, vous découvrez tout à coup la lumière pourpre du soir, à travers les hauts panaches des bouleaux effilés dans le ciel, et que les mille parfums des bois voltigent autour de vous, embaumant l’air de leur haleine odorante !

La voiture suivait la lisière de la forêt ; parfois tout était sombre, les branches des grands arbres descendaient en voûte ; parfois un coin de ciel rouge apparaissait derrière les mille plantes jaillissant des fourrés ; puis tout se cachait de nouveau, les broussailles défilaient, et le soleil descendait toujours : on le voyait chaque fois, au fond des percées lumineuses, d’un degré plus bas. Bientôt les pointes des hautes herbes se découpèrent sur sa face de bon vivant, une véritable face de Silène, pourpre et couronnée de pampres.