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Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/21

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L’AMI FRITZ.

jamais faire avec des étrangers, — à peine étaient-ils ainsi, et dans un de ces moments où la conversation sur les affaires du jour s’épuise, que la physionomie du vieux rebbe prenait un caractère rêveur, puis s’animait tout à coup d’un reflet étrange, et qu’il s’écriait :

« Kobus, connais-tu la jeune veuve du conseiller Rœmer ? Sais-tu que c’est une jolie femme, oui, une jolie femme ! Elle a de beaux yeux, cette jeune veuve, elle est aussi très-aimable. Sais-tu qu’avant-hier, comme je passais devant sa maison, dans la rue de l’Arsenal, voilà qu’elle se penche à la fenêtre et me dit : « Hé ! c’est monsieur le rabbin Sichel ; que j’ai de plaisir à vous voir, mon cher monsieur Sichel ! » Alors, Kobus, moi tout surpris, je m’arrête et je lui réponds en souriant : « Comment un vieux bonhomme tel que David Sichel peut-il charmer d’aussi beaux yeux, madame Rœmer ? Non, non, cela n’est pas possible, je vois que c’est par bonté d’âme que vous dites ces choses ! » Et vraiment, Kobus, elle est bonne et gracieuse, et puis elle a de l’esprit ; elle est, selon les paroles du Cantique des cantiques, comme la rose de Sârron et le muguet des vallées, » disait le vieux rabbin en s’animant de plus en plus.