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Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/204

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L’AMI FRITZ.

qu’il n’en avait jamais éprouvé : il lui sembla voir la petite Sûzel, mais défaite, malade, tremblante, épuisée par la grande misère. Son cœur se fondit, une sorte de froid s’étendit le long de ses joues.

Hâan, lui, regardait la jeune fille d’un air de mauvaise humeur.

« Que veux-tu ? dit-il brusquement, les registres sont fermés, les perceptions finies ; vous viendrez tous payer à Hunebourg.

— Monsieur le percepteur, répondit la pauvre enfant après un instant de silence, je viens pour ma grand’mère Annah Ewig. Depuis cinq mois elle ne peut plus se lever de son lit. Nous avons eu de grands malheurs ; mon père a été pris sous sa schlitt[1] à la Kohlplatz, l’hiver dernier… il est mort… Ça nous a coûté beaucoup pour le repos de son âme. »

Hâan qui commençait à s’attendrir, regarda Fritz d’un œil indigné. « Tu l’entends, semblait-il dire, toujours saint Maclof ! »

Puis, élevant la voix :

« Ce sont des malheurs qui peuvent arriver à tout le monde, répondit-il ; j’en suis fâché, mais

  1. Traîneau.