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Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/203

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L’AMI FRITZ.

— Et je te dis, moi, s’écria Kobus, qu’il est injuste de reprocher à ces paysans de croire à quelque chose, et surtout de leur en faire un crime. L’homme n’est pas seulement sur la terre pour amasser de l’argent et pour s’emplir le ventre ! Ces pauvres gens, avec leur foi naïve et leurs pommes de terre, sont peut-être plus heureux que toi, avec tes omelettes, tes andouilles et ton bon vin.

— Hé ! hé ! farceur, dit Hâan, en lui posant la main sur l’épaule, parle donc un peu pour deux ; il me semble que nous n’avons vécu ni l’un ni l’autre d’ex-voto et de pommes de terre jusqu’à présent, et j’espère que cela ne nous arrivera pas de sitôt. Ah ! c’est comme cela que tu veux te moquer de ton vieux Hâan. En voilà des idées et des théories d’un nouveau genre ! »

Tout en discutant, ils se disposaient à descendre, lorsqu’un faible bruit s’entendit près de la porte. Ils se retournèrent et virent debout, contre le mur, une jeune fille de seize à dix-sept ans, les yeux baissés. Elle était pâle et frêle ; sa robe de toile grise, recouverte de grosses pièces, s’affaissait contre ses hanches ; de beaux cheveux blonds encadraient ses tempes ; elle avait les pieds nus ; et je ne sais quelle lointaine ressemblance remplit aussitôt Kobus d’une pitié attendrie, telle