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Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/197

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L’AMI FRITZ.

payer ; et Hâan furieux, s’élançant à la porte, se mit à crier d’une voix de tempête :

« Montez, montez tous, gueusards ! montez ensemble ! »

Il se fit un grand tumulte dans l’escalier. Hâan reprit sa place, et Kobus, à côté de lui, regarda vers la porte, les gens qui entraient. En deux minutes, la moitié de la salle fut pleine de monde, hommes, femmes et jeunes filles, en blouse, en veste, en jupe rapiécée ; tous secs, maigres, déguenillés, de véritables têtes de chevaux : le front étroit, les pommettes saillantes, le nez long, les yeux ternes, l’air impassible.

Quelques-uns, plus fiers, affectaient une espèce d’indifférence hautaine, leur grand feutre penché sur le dos, les deux poings dans les poches de leur veste, la cuisse en avant et les coudes en équerre. Deux ou trois vieilles, hagardes, l’œil allumé de colère et le mépris sur la lèvre ; des jeunes filles pâles, les cheveux couleur filasse ; d’autres, petites, le nez retroussé, brunes comme la myrtille sauvage, se poussaient du coude, chuchotaient entre elles, et se dressaient sur la pointe des pieds pour voir.

Le percepteur, la face pourpre, ses trois cheveux roussâtres debout sur sa grosse tête chauve, at-