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Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/190

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L’AMI FRITZ.

Ce disant, Hâan fouetta Foux, qui se mit à galoper.

Le village était alors à deux ou trois cents pas au-dessus d’eux, autour d’une gorge profonde et rapide, en fer à cheval.

Le chemin creux où montait la voiture, encombré de sable, de pierres, de gravier, et creusé d’ornières profondes par les lourdes charrettes du pays, attelées de bœufs et de vaches, était tellement étroit, que l’essieu portait quelquefois des deux côtés sur le roc.

Naturellement Foux avait repris sa marche haletante, et seulement un quart d’heure après, ils arrivaient au niveau des deux premières chaumières, véritables baraques, hautes de quinze à vingt pieds, le pignon sur la vallée, la porte et les deux lucarnes sur le chemin. Une femme, sa tignasse rousse enfouie dans une cornette d’indienne, la face creuse, le cou long, creusé d’une sorte de goulot, qui partait de la mâchoire inférieure jusqu’à la poitrine, l’œil fixe et hagard, le nez pointu, se tenait sur le seuil de la première hutte, regardant vers la voiture.

Devant la porte de l’autre cassine, en face, était assis un enfant de deux à trois ans, tout nu, sauf un lambeau de chemise qui lui pendait des épaules