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Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/19

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L’AMI FRITZ.

plis, comme autour de manches à balais, et ses souliers ronds à boucles de cuivre. Oui, cette bonne figure jaune, pleine de finesse et de bonhomie, avait le privilège d’égayer Kobus plus que toute autre à Hunebourg, et du plus loin qu’il l’apercevait dans la rue, il lui criait d’un accent nasillard, imitant le geste et la voix du vieux rebbe :

« Hé ! hé ! vieux posché-isroel[1], comment ça va-t-il ? Arrive donc que je te fasse goûter mon kirschenwasser. »

Quoique David Sichel eût plus de soixante-dix ans, et que Fritz n’en eût guère que trente-six, ils se tutoyaient et ne pouvaient se passer l’un de l’autre.

Le vieux rebbe s’approchait donc, en agitant la tête d’un air grotesque, et psalmodiant :

« Schaude…, schaude[2], tu ne changeras donc jamais, tu seras donc toujours le même fou que j’ai connu, que j’ai fait sauter sur mes genoux, et qui voulait m’arracher la barbe ? Kobus, il y a dans toi l’esprit de ton père : c’était un vieux braque, qui voulait connaître le Talmud et les prophètes mieux que moi, et qui se moquait

  1. Mauvais juif.
  2. Braque.