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Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/188

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L’AMI FRITZ.

— Non, non, j’ai là quelque chose de lourd, faisait-il en se posant la main sur l’estomac, avec une grimace.

— Cela vient de ce que nous n’avons pas assez bu hier soir ; nous avons été nous coucher trop tôt, disait le gros percepteur ; bois un coup et cela te remettra.

— Non, merci.

— Tu ne veux pas ? tu as tort. »

Alors Hâan levait le coude, et Fritz voyait son cou se gonfler et se dégonfler d’un air de satisfaction incroyable. Puis le gros homme exhalait un soupir, tapait sur le bouchon, et mettait la bouteille entre ses jambes en disant :

« Ça fait du bien. — Hue, Foux, hue !

— Quel matérialiste que ce Hâan, se disait Fritz, il ne pense qu’à boire et à manger !

— Kobus, reprenait l’autre gravement, tu couves une maladie ; prends garde ! Voilà deux jours que tu ne bois plus, c’est mauvais signe. Tu maigris ; les hommes gras qui deviennent maigres, et les hommes maigres qui deviennent gras, c’est dangereux.

« Que le diable t’emporte ! » pensait Fritz, et parfois l’idée lui passait par la tête que Hâan se doutait de quelque chose ; alors, tout rouge, il