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Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/186

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L’AMI FRITZ.

À quoi t’a servi d’amasser, par ta prévoyance judicieuse, des vins exquis et tout ce qui peut satisfaire le goût et l’odorat, non-seulement d’un homme, mais de plusieurs, durant des années, puisqu’il ne t’est plus même permis de boire un verre de vin, sans t’exposer à radoter comme une vieille laveuse, et à raconter des histoires qui te rendraient la fable de David, de Schoultz, de Hâan et de tout le pays, si l’on savait pourquoi tu les racontes ? Ainsi, toute consolation t’est refusée ! »

Et songeant à ces choses, il s’écriait en lui-même, avec le roi Salomon :

« J’ai dit en mon cœur : Allons, que je t’éprouve maintenant par la joie ; jouis des biens de la terre ! Mais voilà que c’était aussi vanité. J’ai recherché en mon cœur le moyen de me traiter délicatement, et que mon cœur cependant suivît la sagesse. Je me suis bâti des maisons, je me suis planté des jardins et des vignes, je me suis creusé des réservoirs et j’y ai semé des poissons délicieux ; je me suis amassé des richesses, je me suis agrandi ; et ayant considéré tous ces ouvrages, voilà que tout était vanité ! Puisqu’il m’arrive aujourd’hui comme à l’insensé, pourquoi donc ai-je été plus sage ? Cette petite Sûzel m’ennuie plus qu’il n’est possible de le dire, et pour-