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Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/181

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L’AMI FRITZ.

perdu ; mieux vaudrait se pendre, que d’entrer dans une pareille galère ! »

Enfin, au bout de toutes ces excursions, entendant au loin, du milieu des champs, l’horloge du village, il revenait émerveillé de la rapidité du temps.

« Hé, te voilà ! lui criait le gros percepteur ; je suis en train de terminer mes comptes ; tiens, assieds-toi, c’est l’affaire de dix minutes. »

La table était couverte de piles de florins et de thalers, qui grelottaient à la moindre secousse. Hâan, courbé sur son registre, faisait son addition. Puis, la face épanouie, il laissait tomber les piles d’écus dans un sac d’une aune, qu’il ficelait avec soin, et déposait à terre près d’une pile d’autres. Enfin, quand tout était réglé, les comptes vérifiés et les rentrées abondantes, il se retournait tout joyeux, et ne manquait pas de s’écrier :

« Regarde, voilà l’argent des armées du roi ! En faut-il de ce gueux d’argent pour payer les armées de Sa Majesté, ses conseillers et tout ce qui s’ensuit, ha ! ha ! ha ! Il faut que la terre sue de l’or et les gens aussi. Quand donc diminuera-t-on les gros bonnets, pour soulager le pauvre monde ? Ça ne m’a pas l’air d’être de sitôt, Kobus,