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Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/179

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L’AMI FRITZ.

père de tous les vivants, avec sa large barbe fauve et ses longs bras d’or, embrassant et bénissant tout ce qui respire ! Ah ! quelle persécution abominable ! Faut-il être malheureux pour rencontrer partout, partout la même idée, la même pensée et les mêmes ennuis ! Allez donc vous débarrasser d’une espèce de teigne qui vous suit partout, et qui vous cuit d’autant plus qu’on se remue. Dieu du ciel ! à quoi pourtant les hommes sont exposés !

« C’est bien étonnant, se disait le pauvre Kobus, que je ne sois pas libre de penser à ce qui me plaît, et d’oublier ce qui ne me convient pas. Comment ! toutes les idées d’ordre, de bon sens et de prévoyance sont abolies dans ma cervelle, lorsque je vois des oiseaux qui se becquètent, des papillons qui se poursuivent : de véritables enfantillages, des choses qui n’ont pas le sens commun ! Et je songe à Sûzel, je radote en moi-même, je me trouve malheureux, quand rien ne me manque, quand je mange bien et que je bois bien ! Allons, allons, Fritz, c’est trop fort ; secoue cela, fais-toi donc une raison ! »

C’est comme s’il avait voulu raisonner contre la goutte et le mal de dents.

Le pire de tout, quand il marchait ainsi dans