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Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/178

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L’AMI FRITZ.

de leur fouet ; les vieilles, au fond des petites cuisines sombres, aux marches concassées, regardant d’un air de bienveillance ; les filles, curieuses, se penchant aussi pour voir : tout passait devant ses yeux sans pouvoir le distraire.

Il allait, regardant et regardé, songeant toujours à Sûzel, à sa collerette, à son petit bonnet, à ses beaux cheveux, à ses bras dodus ; puis au jour où le vieux David l’avait fait asseoir à sa table entre eux deux ; au son de sa voix, quand elle baissait les yeux ; et ensuite à ses beignets, ou bien encore aux petites taches de crème qu’elle avait certain jour à la ferme ; enfin à tout : — il revoyait tout cela sans le vouloir !

C’est ainsi que le nez en l’air, les mains dans ses poches, il arrivait au bout du village, dans quelque sillon de blé, dans un sentier qui filait entre des champs de seigle ou de pommes de terre. Alors la caille chantait l’amour, la perdrix appelait son mâle, l’alouette célébrait dans les nuages le bonheur d’être mère ; derrière, dans les ruelles lointaines, le coq lançait son cri de triomphe ; les tièdes bouffées de la brise portaient, semaient partout les graines innombrables qui doivent féconder la terre : l’amour, toujours l’amour ! Et par-dessus tout cela, le soleil splendide, le