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Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/176

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L’AMI FRITZ.

les vieux papas riant dans leur barbe grise, les grosses mères épanouies de satisfaction.

C’était merveilleux de voir ces choses, et cela vous donnait à penser plus qu’on ne peut dire.

Ailleurs, de jeunes garçons et de jeunes filles de quinze à seize ans cueillaient des violettes le long des haies, au bord de la route ; on voyait à leurs yeux luisants, qu’ils s’aimeraient plus tard. Ailleurs, c’était un conscrit que sa fiancée accompagnait sur la route, un petit paquet sous le bras ; de loin, on les entendait qui se juraient l’un à l’autre de s’attendre. — Toujours, toujours cette vieille histoire de l’amour, sous mille et mille formes différentes ; on aurait dit que le diable lui-même s’en mêlait.

C’était justement cette saison du printemps où les cœurs s’éveillent, où tout renaît, où la vie s’embellit, où tout nous invite au bonheur, où le ciel fait des promesses innombrables à ceux qui s’aiment ! Partout Kobus rencontrait quelque spectacle de ce genre, pour lui rappeler Sûzel, et chaque fois il rougissait, il rêvait, il se grattait l’oreille et soupirait. Il se disait en lui-même : « Que les gens sont bêtes de se marier ! Plus on voyage plus, on reconnaît que les trois quarts des hommes ont perdu la tête, et que dans