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Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/173

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L’AMI FRITZ.

— Je vais fumer une pipe, dit Kobus, cela me réchauffera. »

Il battit le briquet, tira sa grande pipe de porcelaine d’une poche de côté, et se mit à fumer gravement.

Le cheval, une grande haridelle de Mecklembourg, trottait les quatre fers en l’air ; les arbres suivaient les arbres, les broussailles les broussailles. Hâan ayant déposé le fouet dans un coin, sous son coude, fumait aussi tout rêveur, comme il arrive au milieu des brouillards, où l’on ne voit pas les choses clairement.

Le soleil jaune avait de la peine à dissiper ces masses de brume. Le Losser grondait derrière le talus de la route ; il était blanc comme du lait, et malgré son bruit sourd, il semblait dormir sous les grands saules.

Parfois, à l’approche de la voiture, un martin-pêcheur jetait son cri perçant et filait ; puis, une alouette se mettait à gazouiller quelques notes. En regardant bien, on voyait ses ailes grises s’agiter en accent circonflexe à quelques pieds au-dessus des champs ; mais elle redescendait au bout d’une seconde, et l’on n’entendait plus que le bourdonnement de la rivière et le frémissement des peupliers.