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Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/166

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L’AMI FRITZ.

« Encore si c’était de la veuve Windling ou de la grande Salomé Rœdig que tu sois amoureux, cela pourrait aller. Il vaudrait mieux te pendre mille fois, que de te marier avec l’une d’elles ; mais au moins, aux yeux des gens, un pareil mariage serait raisonnable. Mais être amoureux de la petite Sûzel, la fille de ton propre fermier, une enfant, une véritable enfant, qui n’est ni de ton rang, ni de ta condition, et dont tu pourrais être le père, c’est trop fort ! C’est tout à fait contre nature, ça n’a pas même le sens commun. Si par malheur quelqu’un s’en doutait, tu n’oserais plus te montrer au Grand-Cerf, au Casino, nulle part. C’est alors qu’on se moquerait de toi, Fritz, de toi qui t’es tant moqué des autres. Ce serait l’abomination de la désolation ; le vieux David lui-même, malgré son amour du mariage, te rirait au nez ; il t’en ferait des apologues ! il t’en ferait !

« Allons, allons, c’est encore un grand bonheur que personne ne sache rien, et que tu te sois aperçu de la chose à temps. Il faut étouffer tout cela, déraciner bien vite cette mauvaise herbe de ton jardin. Tu seras peut-être un peu triste trois ou quatre jours, mais le bon sens te reviendra. Le vieux vin te consolera, tu donneras des dîners, tu