Ouvrir le menu principal

Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/161

Cette page a été validée par deux contributeurs.
151
L’AMI FRITZ.

Et quand Kobus eut fini sa valse, et qu’il se retourna tout content de lui-même :

« Oh ! que c’est beau, dit-elle, que c’est beau !

— Bah ! fit-il, ça, ce n’est encore rien. Mais tu vas entendre quelque chose de magnifique, le Siége de Prague ; on entend rouler les canons ; écoute un peu. »

Il se mit alors à jouer le Siége de Prague avec un enthousiasme extraordinaire ; le vieux clavecin bourdonnait et frissonnait jusque dans ses petites jambes. Et quand Kobus entendait Sûzel soupirer tout bas : « Oh ! que c’est beau ! » cela lui donnait une ardeur, mais une ardeur vraiment incroyable ; il ne se sentait plus de bonheur.

Après le Siége de Prague, il joua la Cenerentola ; après la Cenerentola, la grande ouverture de la Vestale ; et puis, comme il ne savait plus que jouer, et que Sûzel disait toujours : « Oh ! que c’est beau, monsieur Kobus ! oh ! quelle belle musique vous faites ! » il s’écria :

« Oui, c’est beau ; mais si je n’étais pas enrhumé, je te chanterais quelque chose, et c’est alors que tu verrais, Sûzel ! Mais c’est égal, je vais essayer tout de même ; seulement je suis enrhumé, c’est dommage. »

Et tout en parlant de la sorte, il se mit à chan-