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Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/155

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L’AMI FRITZ.

sur les cordes, Mlle Séraphia Schmidt au clavecin, entre les deux candélabres, les violons penchés tout autour, l’œil sur le cahier, et plus loin, le cercle des amis dans l’ombre.

Ces images touchaient tout le monde, et le grand Schoultz lui-même, se balançant sur sa chaise, un de ses genoux pointus entre les mains et les yeux au plafond, s’écriait :

« Oui, oui, ces temps sont loin de nous ! C’est pourtant vrai, nous vieillissons… Quels souvenirs tu nous rappelles, Hâan, quels souvenirs ! Tout cela ne nous fait pas jeunes. »

Kobus, en retournant chez lui par la rue des Capucins, avait la tête pleine des idées de Hâan :

« Il a raison, se disait-il, nous avons vu ces choses, qui nous paraissent reculées d’un siècle. »

Et regardant les étoiles qui tremblotaient dans le ciel immense, il pensait :

« Tout cela reste en place, tout cela revient aux mêmes époques ; il n’y a que nous qui changions. Quelle terrible aventure de changer un peu tous les jours, sans qu’on s’en aperçoive. De sorte qu’à la fin du compte, on est tout gris, tout ratatiné, et qu’on produit aux yeux du nouveau monde qui passe, l’effet de ces vieilles défroques, ou de ces respectables perruques dont parlait Hâan tout à