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Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/131

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L’AMI FRITZ.

cement bizarre l’éveilla. Il prêta l’oreille, et reconnut que le rémouleur Higuebic était venu s’établir, comme tous les vendredis, au coin de sa maison, pour repasser les couteaux et les ciseaux de la ville, chose qui l’ennuya beaucoup, car il avait encore sommeil.

À chaque instant, le babillage des commères venait interrompre le sifflement de la roue ; puis c’était le caniche qui grondait, puis l’âne qui se mettait à braire, puis une discussion qui s’engageait sur le prix du repassage ; puis autre chose.

« Que le diable t’emporte ! pensait Kobus. Est-ce que le bourgmestre ne devrait pas défendre ces choses-là ? Le dernier paysan peut dormir à son aise, et de bons bourgeois sont éveillés à huit heures, par la négligence de l’autorité. »

Tout à coup Higuebic se mit à crier d’une voix nasillarde : « Couteaux, ciseaux à repasser ! »

Alors il n’y tint plus et se leva furieux.

« Il faudra que je parle de cela, se dit-il ; je porterai l’affaire devant la justice de paix. Ce Higuebic finirait par croire que le coin de ma maison est à lui ; depuis quarante-cinq ans qu’il nous ennuie tous, mon grand-père, mon père et moi, c’est assez ; il est temps que cela finisse ! »