Ouvrir le menu principal

Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/127

Cette page a été validée par deux contributeurs.
117
L’AMI FRITZ.

Il se fit un grand tumulte ; chacun quittait sa chope à moitié vide, pour aller voir les cigognes. En moins d’une minute, il y avait plus de cent personnes, le nez en l’air, devant le Grand-Cerf.

Tout au haut de l’église, une cigogne, debout sur son échasse, ses ailes noires repliées au-dessus de sa queue blanche, le grand bec roux incliné d’un air mélancolique, faisait l’admiration de toute la ville. Le mâle tourbillonnait autour et cherchait à se poser sur la roue, où pendaient encore quelques brins de paille.

Le rebbe David venait aussi d’arriver ; et, regardant, son vieux chapeau penché sur la nuque, il s’écriait :

« Elles arrivent de Jérusalem !… Elles se sont reposées sur les pyramides d’Égypte !… Elles ont traversé les mers ! »

Tout le long de la rue, devant la halle, on ne voyait que des commères, de vieux papas et des enfants, le cou replié, dans une sorte d’extase. Quelques vieilles disaient en s’essuyant les yeux : « Nous les avons encore revues une fois. »

Kobus, en regardant tous ces braves gens, leurs mines attendries, et leurs attitudes émerveillées, pensait : « C’est drôle… comme il faut peu de chose pour amuser le monde. »