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Page:Erckmann-Chatrian - L’Ami Fritz.djvu/123

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L’AMI FRITZ.

— Alors il aurait été moins qu’un âne vivant, il aurait été un âne mort.

— Tout cela ne signifie rien, David.

— Non ; seulement, il vaut mieux se marier jeune, que de prendre sa servante pour femme, comme font tous les vieux garçons. Crois-moi…

— Va-t’en au diable ! s’écria Kobus en se levant. Voici midi qui sonne, je n’ai pas le temps de te répondre. »

David l’accompagna jusque sur le seuil, riant en lui-même.

Et comme ils se séparaient :

« Écoute, Kobus, fit-il d’un air fin, tu n’as pas voulu des femmes que je t’ai présentées, tu n’as peut-être pas eu tort. Mais bientôt tu t’en chercheras une toi-même.

Posché-isroel, répondit Kobus, posché-isroel ! »

Il haussa les épaules, joignit les mains d’un air de pitié, et s’en alla.

« David, criait Sourlé dans la cuisine, le dîner est prêt, mets donc la table. »

Mais le vieux rebbe, ses yeux fins plissés d’un air ironique, suivit Fritz du regard jusque hors la porte cochère ; puis il rentra, riant tout bas de ce qui venait d’arriver.